Législatives 2019 : j’ai vu du feu sortir d’une arme

Dans le cadre des élections législatives de 2019 au Bénin, la plateforme électorale des Organisations de la société civile a mis en place un dispositif de monitoring du processus électoral. 714 moniteurs étaient donc déployés sur toute l’étendue du territoire nationale. En tant que moniteur de la plateforme, je me suis retrouvé pris au piège de tirs de coup de feu.

Avec une mission spéciale pour les élections législatives de 2019, la plateforme électorale des Organisations de la société civile a mis en place un dispositif pour le monitoring du scrutin du 28 avril avec un déploiement de 714 moniteurs sur toute l’étendue du territoire. J’étais déployé au centre de vote de l’EPP Zongo de Glazoué dans le département des collines pour observer et surveiller le processus électoral en agissant à travers le report du déroulement en direct du scrutin et des incidents qui surgiraient. Cette mission constituait pour moi non seulement un devoir civique mais aussi un engagement citoyen.

 

Une psychose généralisée

 

Prévu conformément aux code électoral pour démarrer à 07 heures, le scrutin n’a pu démarrer qu’à 08h 05 en moyenne dans tous les postes de votes du centre puisque l’accès aux salles était impossible vu la peur qui animait les directeurs d’école. Elles n’ont été ouvertes qu’après l’intervention du délégué et de quelques militants politiques du quartier.

Déjà à 8h, des informations nous sont apportées par des collègues des autres centres de vote où le scrutin aurait été empêché par la présence des forces occultes, des citoyens armés etc. Cette psychose accentuée par la censure des réseaux sociaux nous a plongé dans un état de défiance. Certains centres de votes du Bénin ont connu des troubles, des affrontements avec les forces de l’ordre, ailleurs le scrutin est suspendu, rien ne rassurait le bon déroulement de notre côté. Mais il fallait accomplir cette mission citoyenne tant bien que mal.

 

J’ai vu du feu sortir d’une arme

 

Evoluant dans la journée, cette psychose a fini par se dissiper peu à peu laissant place à confiance et une assurance absolue. Avec la coupure d’Internet, nous étions donc coupés du reste du monde et sans informations. Mais, pendant que l’ambiance se décontractait, nous avons reçu l’information selon laquelle des manifestants armés seraient en route vers notre centre de vote. Nous étions dans notre centre de vote sans les forces de l’ordre. Pris de panique, nous ne savions à quel saint nous vouer.

Quatre minutes après l’alerte, des manifestants armés d’armes à feu, d’armes blanches, de matraques firent irruption dans le centre de vote. Ce fut la débandade totale. Un membre d’un poste de vote qui mangeait reçu le repas à la figure. Un autre qui tentait de s’enfuir avec l’urne probablement pour la mettre en sécurité fut giflé avec une larme de machette. Il y a eu des tirs. Pour n’avoir jamais entendu de coup de feu autrefois, et pour n’avoir jamais assisté à une telle scène, je panique. Je ne sentais plus mes jambes. Le matériel électoral fut détruit. Seulement une urne échappa à la casse. Le président du poste de vote était parvenu à la sécuriser dans la cuisine de la résidence d’un particulier.

Des témoins après notre sortie de cachette rapportent que la moto d’un Président de poste de vote qui essayait de s’enfuir aussi fut partiellement cassée. Nous avions pu dénombrer deux blessés.

Mais pour ma première fois où j’accomplissais une mission citoyenne, j’ai senti mes forces me quitter. J’ai vu un homme se faire gifler par la lame d’une machette, j’ai entendu des coups de feu pour la première fois de ma vie.

Sergino OBOSSOU, contributeur #Citoyen229